Dimanche 18 octobre un palestinien a tiré dans la foule et poignardé plusieurs personnes dans une gare routière avant d'être abattu, puis un érythréen confondu à tort avec un terroriste a été lynché à mort par la foule. La veille déjà, des attaques de colons israéliens par de très jeunes Palestiniens, souvent à peine majeurs s'étaient soldées par la mort des assaillants. L'avant-veille, c'est le tombeau de Joseph à Jérusalem qui avait été une nouvelle fois saccagé, incendié.

Il faudra encore combien de familles israéliennes décimées par de telles attaques, encore combien d'enfants palestiniens brûlés vifs dans leur taudis, pour comprendre que le cycle morbide de la violence n'amènera jamais ce que seul un processus politique et juridique peut : une paix durable et prospère entre deux peuples légitimes sur un territoire tant disputé.

Les palestiniens auront bon envoyer contre Israël toutes les roquettes, toutes les pierres, toutes les voitures béliers et désormais tous les couteaux possibles, jamais cela ne leur apportera un État viable reconnu dans ses frontières. Le Gouvernement de Benjamin Netanyahou pourra dresser toujours plus haut les murs de béton, les multiplier ainsi que les checkpoints, développer toujours plus les colonies, restreindre toujours plus l'accès à l'esplanade des Mosquées, jamais cela n'apportera une plus grand sécurité à son peuple, bien au contraire : avec 1,8 millions de personnes enfermés dans 362 km2, 40 % de chômage et même 60% parmi les jeunes, sans perspective économique ni politique, la réserve de désespérés prêts à tout n'est pas prête de se tarir à Gaza.

Après 67 ans de conflit israélo-palestinien, dans un contexte régional des plus explosif avec le développement effrayant de Daech, l'urgence est à l'offre politique.

Tout comme l'Allemagne et la France y sont parvenus après un siècle de conflits ayant entraîné presque toute l'humanité, Israël et la Palestine ne trouveront de perspectives que dans la création de valeurs communes. La France et l'Allemagne ont repoussé durablement toute perspective conflictuelle en jetant les bases de l'Union européenne : gérer en commun des questions techniques pour créer de fait une solidarité trouvant ensuite son expression politique. En partant du charbon et de l'acier, on en est arrivé 50 ans plus tard à la Politique étrangère et de Sécurité commune et à la monnaie unique. L'urgence pour Israël et la Palestine est donc de s'engager dans une voie similaire en commençant par gérer en commun les sujets les plus sensibles pour ce conflit : la gestion de l'eau, la question des réfugiés et le statut des lieux saints. A partir de la gestion commune de ces trois défis, les bases d'une future confédération de deux États souverains en seront jetées. Sans cela, la Palestine ne dépassera pas le stade de la nébuleuse d'organisations terroristes et Israël, pourtant seule démocratie de la région (exception faite de la Tunisie), sera encore un peu plus mis au ban de la société des Nations, comme vient de le faire le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur Ban Ki-moon, en critiquant l'usage excessif de la force par Israël et la frustration de la jeunesse palestinienne face à l'occupation et l'absence de perspective politique.

L'Union européenne, déjà largement impliquée en Palestine (sans le soutien budgétaire de l'UE, l'administration palestinienne serait exsangue), peut et doit accompagner ce processus dans un nouveau cadre de négociation qui soit plus efficace que celui du quartet.

Mais pour cela, chaque camp doit s'affranchir de sa frange la plus radicale. La Guerre échappe souvent à ceux qui s'y risquent. Elle a sa propre dynamique. Elle peut entraîner ses protagonistes bien au-delà de ce qu'ils souhaitaient au départ. C'est ainsi que se nouent les tragédies.

CG



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